15 Fév Le saumon en Bretagne

Tout a commencé dans un numéro de Pêche Mouche, par un article traitant de la pêche du saumon. L’auteur, je ne le connaissais pas à l’époque. Il s’agissait de Jean-Baptiste Vidal, un guide de pêche installé en Bretagne pour la pêche du migrateur. Puis de mois en mois, j’ai découvert d’autres de ses articles. Mais aussi son blog. Impossible de douter de sa passion.


hooksAprès quelques échanges de mails et coups de fils, nous avons décidé de nous rencontrer. Mon objectif était de réaliser une interview. Puis finalement, je me suis dit qu’une journée comme celle-ci méritait d’être contée dans son intégralité. Vous pourrez donc lire dans cet article comment la journée s’est déroulée et ce que j’ai appris de cet échange.

jean-baptiste-vidalLe rendez-vous était donc pris, le dimanche 11 octobre, dans la petite ville finistérienne de Quimperlé. Le programme est simple : direction l’Ellée pour essayer de capturer quelques castillons. Je suis très motivé car la pêche de ce poisson me passionne. Jean Baptiste m’explique néanmoins que les mentalités ont encore besoin d’évoluer. En effet, la remise à l’eau des poissons devrait être mieux considérée, ce qui permettrai d’assurer la protection de l’espèce. De plus, les combats peuvent être écourtés avec les cannes modernes, ce qui permet donc de le relâcher sans encombre. Une anecdote en faveur du no-kill ; il m’a raconté qu’un de ses collègues russes à l’époque où il y guidait avait marqué un poisson capturé par un client. Jean Baptiste a capturé ce même saumon le lendemain avec son client du jour. Comme quoi…

Nous arrivons au bord de l’eau. D’entrée de jeu, je comprends que Jean Baptiste connait sa rivière, et les poissons qui la remontent. Premier poste, sans surprise (pour lui en tous cas), les poissons sont là. La veille, un de ses clients a eu plusieurs opportunités ! Il faut dire que la pêche de ce poisson est aléatoire. Les petits saumons d’automne, appelés castillons, sont bien présents. Ils se reposent derrières des pierres, sous les branches. C’est un spectacle totalement incroyable.


FLYTAILLEUR : Jean-Baptiste, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai commencé à pêcher à l’âge de quatre ans, avec mon père. Puis, à la sortie du film « Et au milieu coule une rivière » j’ai décidé de me lancer dans la pêche à la mouche, en 92. J’ai commencé mes études dans l’environnement, j’ai ensuite travaillé 5 ans à la fédération de pêche du Finistère. J’ai démarré ma formation de guide en 2004, puis mon premier guidage en 2005 en Islande. Mais c’est à partir de 2006 que je suis devenu guide international. J’ai eu la chance de guider mes clients en Russie, en Argentine, en Bolivie, mais aussi en Irlande… Au final je me suis rendu dans une vingtaine de destinations, en tant que guide ou en tant que pêcheur. C’est en 2013 que je décide de rentrer en France rejoindre ma compagne et depuis, je suis guide en Bretagne. Je guide principalement pour le migrateur (alose et saumon) et forme aux techniques modernes du speycast (cannes à deux mains), mais j’accompagne aussi sur la truite et les carnassiers. J’accompagne également mes clients sur certaines destinations à l’étranger.


Nous avançons de postes en postes. Nous les voyons, postés calmement le nez vers l’amont de la rivière. Je prends conscience de la quantité de poissons présents. La densité est bonne, et Jean Baptiste connait très bien sa rivière. Il y’a ceux que l’ont voit, dans le soleil, et ceux que l’on ne voit pas, dans l’ombre, sous les branches et les zones plus profondes. Jean Baptiste me montre les différents secteur et quelques pools qu’il connait sur le haut de l’Ellée. Il pêche en noyée ses secteurs favoris et où l’on peut repèrer les poissons qui se déplacent sur la mouche. Ses lancers roulés sont impeccables, de même que ses dérives. Là est l’un des nombreux secrets de cette pêche : savoir placer sa mouche dans la bonne veine, à la bonne hauteur, mais la dérive est primordial. De même que la sélection de la mouche en fonction des conditions. Et dernier point important : ne ferrez pas. Quand un poisson prend la mouche, laissez-le se retourner et se piquer tout seul. Si vous ferrez, vous le louperez. Parfois, sur certaines zones, la pratique de la pêche à vue est possible, et réserve de vraies sensations ! Après quelques minutes à prospecter la zone, les poissons ne se manifestent pas et nous décidons de changer de poste. Il faut dire que ce jour là les poissons semblaient moins actifs.

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Nous progressons le long de la rivière en échangeant sur sa vie de guide international. Les anecdotes fusent. Les bonnes comme les moins bonnes. J’adore écouter les récits de pêche. Ils me captivent et me font rêver. Jean Baptiste me parle de ces clients à travers le monde. Il me parle aussi de ce magnifique bonefish qui lui prendra 300 mètres de backing. Un poisson magnifique ! Ou encore ce tarpon énorme qui finira par casser le bas de ligne au bateau … Il a énormément d’histoires à raconter. Et c’est ce qui fait la force de pêcher avec un guide : échanger sur ses parties de pêche, en tant que pêcheur ou guide, à travers le monde.


FLYTAILLEUR : Quelle-est la destination qui t’as le plus marqué ? Et celle qui t’a le plus déçue ?

Très difficile de choisir une destination en particulier : j’ai eu la chance de travailler dans des endroits de rêves ! Mais je pense que l’expérience la plus incroyable restera le dorado en Bolivie. Traquer ce poisson somptueux à vue dans les eaux claires est une expérience à vivre. Pour ce qui est de la destination la plus décevante, je dirais qu’il n’y en a pas eu. Tout nouveaux pays apporte son lot de challenges et t’apprend de nouvelles choses. Certaines destinations peuvent paraître moins exotiques que d’autres, mais elles apportent leur lot de défis et surprises. 


Jean Baptiste connait l’endroit par cœur. Il y guide souvent ses clients pour la qualité de la pêche. Ce sont de très bons postes à cette saison. Et ce jour-là, en noyée, il finit par capturer un saumon. Mais quel poisson … Et je tiens à le remercier une nouvelle fois de m’avoir permis d’admirer un tel combattant !


FLYTAILLEUR : La question qui tue : après toutes ces années passées à l’étranger, le guidage dans l’hexagone n’est pas trop difficile ?

Tu connais la réponse… Bien évidement que le retour n’a pas été évident. Cependant, il me reste énormément de choses à découvrir dans ma passion. Et j’ai la chance de pouvoir exercer mon métier dans une région où il existe pleins de nouveaux challenges, comme traquer le bar à la mouche à vue dans les estuaires ! C’est tout aussi passionnant. 


Jean Baptiste fera bouger quelques poissons sur différents postes, mais les touches ne sont pas franches. Il m’explique les méfaits du ferrage lors de la touche sur les chances de capture d’un saumon. En effet, à la touche, ne ferrez pas ! Laissez le poisson se piquer seul. C’est une erreur que font beaucoup de débutants, habitués à pêcher la truite et à ferrer au gobage. Il lance trois quart aval. Soudain, la canne se plie. Le poisson est au bout, il est massif. Le combat s’engage alors sur une canne relativement légère : une Sage Accel 9″ soir de 6 ! Le poisson rush directement en amont. C’est un gros saumon. Mais le combat est plutôt rapide, et Jean Baptiste souhaite relâcher ce lingot d’or en forme. Il le bride et le ramène jusqu’à lui. C’est l’extase ! Un magnifique bécard aux couleurs splendides. Je suis comblé ! J’étais venu assister à une partie de pêche au saumon, et j’ai eu plus ce que ce à quoi je m’attendais ! Un grand moment.

IMG_5778Le poisson est rapidement relâché. C’est un régale de le voir repartir à cette vitesse. Nous retournons vers le 4×4 de Jean Baptiste et grignotons un bout avant de repartir plus en aval. Direction les Roches du Diable !


FLYTAILLEUR : La pêche du saumon à la mouche m’intéresse de plus en plus. Mais je me pose une question : pourquoi on ne le pêche pas en Bretagne comme on peut le pêcher dans le nord de l’Europe ou encore au Canada ? 

On s’adapte tout simplement au profil des rivières. En Bretagne, elles sont généralement petites et peu profondes. L’utilisation de grosses mouches pour aller chercher le poisson très bas n’est pas vraiment utile, sauf en début de saison, quand les eaux sont froides et hautes. Effectivement on retrouve souvent les mêmes modèles en Bretagne (les mouches noyées classiques, mais les nouveaux pêcheur les enrichissent avec des tubes, des nymphes. les boites de mouche évoluent-la pêche est évolutive). Mais les rivières se ressemblent beaucoup et on ne fait que proposer au poisson la couleur et la taille optimale en fonction de toutes ces variables (luminosité, couleur du fond, turbidité de l’eau…). Le choix des matériaux est important, car en Bretagne, les rivières assez lentes incitent à pêcher avec des matériaux souples et vivant dans l’eau. 


Nous descendons la rivière en direction des Roches du Diable. Jean Baptiste pêche toujours avec sa 9″ #6 et peigne méthodiquement les postes qu’il connait. Il me raconte des anecdotes sur les clients qu’il a guidé à ces endroits là. Ses lancers m’impressionnent par leur distance. Il pratique le speycast avec une canne à une main. Plus performant qu’un lancé roulé, il demande moins d’énergie pour atteindre les distances souhaitées.

Nous marchons vers les chaos. Chaque poste possède son lot d’histoire. J’ai réellement l’impression d’être plongé dans le milieu du saumon. Je reconnais même un spot aperçu dans un article de Pêche Mouche de Jean Baptiste. Et puis nous y arrivons…

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J’ai passé une journée mémorable avec Jean Baptiste. Je ne connaissais pas très bien cet endroit de la Bretagne qui se trouve pourtant à à peine 45 minutes de chez moi. Le dépaysement est total. Et la population de saumon est plus que satisfaisante pour les rivières bretonnes ! Je suis vraiment impressionné. La pêche de ce poisson se pratique très bien sur cette rivière. Je suis désormais décidé à m’y mettre dès cette saison. J’espère pouvoir retourner au bord de l’eau avec Jean Baptiste. Son professionnalisme et les conseils qu’il prodigue, même si je n’ai pas été en action de pêche, sont vraiment de qualité. J’ai réellement appris à ses côtés il sait donner toutes les chances à ceux qui l’accompagnent. Jean Baptiste vous guide sur ses coins, et ne vous cache rien. Il est le premier heureux lorsqu’un de ses clients capture un poisson, et le capture à travers eux. C’est ce qui le fait vibrer, et ça se voit ! Son expérience et sa motivation sont deux atouts de taille qui font que vous passerez une excellente journée en sa compagnie. Pour le contacter, rien de plus simple ! Rendez-vous sur son site : www.jeanbaptistevidalguidepeche.com – ou son blog : www.enjoyfishing.fr.

Jean Baptiste, un grand merci pour la journée passée au bord de l’eau ! Tu m’as donné l’envie de traquer ce magnifique poisson qu’est le saumon. Nous avons la chance de voir ce migrateur remonter nos rivières. Et j’espère que beaucoup comme toi sauront allier sa traque à sa protection.

 

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