28 Sep INTERVIEW de Timo Kontio, Fly Tying Archive

Cette interview est la première que j’ai réalisée pour ce blog. Je trouve le format intéressant s’il touche un point bien précis. Ici, il va être question de mouches. Plus précisément des mouches de Timo Kontio, créateur du site Fly Tying Archive.


Depuis plusieurs mois, je passe des heures à lire le blog de Timo : Fly Tying Archive. C’est une véritable bible. Je l’ai donc contacté pour échanger avec lui sur son art. Il en découle un échange poignant et passionnant que je m’empresse de vous partager ci-dessous. Timo Kontio est finlandais, notre conversation était donc en anglais. J’ai fais mon possible pour que la traduction soit au plus juste de ses propos.

FLYTAILLEUR : Bonjour Timo ! Et encore merci de répondre à mes quelques questions. Pourrais-tu te présenter ? Il me semble que tu es étudiant ?

timo-kontio

Photo par Risto Ruokola

Timo Kontio : Bonjour Romain ! Merci pour l’intérêt que tu portes à mon site et à mes mouches. Je suis né en 1986, dans la petite ville de Vihanti en Finlande, puis j’ai vécu la majeure partie de ma vie à Lahti. A 20 ans, Je suis parti étudier à Helsinki. Je cherchais cependant encore ma voie professionnelle. J’ai finalement réussi à décrocher un emploi dans le plus grand magasin finlandais dédié à la pêche à la mouche : Helsinki Spey Clave.

C’était génial de pouvoir travailler dans le domaine de ma passion et j’ai créé des contacts que je n’aurais pu créer nul part ailleurs. J’avais cependant l’envie de continuer mes études et de me diriger vers une toute autre carrière. J’étudie donc actuellement la science des matériaux et de la technologie à l’université Aalto, avec une spécialité pour l’ingénierie industrielle et le management. Je vais essayer de continuer dans cette voie, et je verrai dans les années à venir si mon futur professionnel s’y tient.

FLYTAILLEUR : Quand as-tu commencé à pêcher à la mouche et à monter tes propres mouches ?

Timo Kontio : J’ai toujours pêché, mais mon ami s’est mis à la pêche à la mouche à l’âge de 12 ans. Il m’a convaincu d’essayer. J’ai demandé un étau à mouche pour mon treizième anniversaire, en février, et j’ai monté pendant des mois avant de pouvoir pêcher avec. Mes premiers essais au bord de l’eau ne furent pas concluants : mes mouches sèches ne flottaient pas et mes noyées tournaient de façon incontrollable sous l’eau. Je me suis même demandé pourquoi j’avais continué à pêcher à la mouche, mais au lieu d’abandonner,  j’ai ressenti le besoin de persévérer, de monter mes propres mouches et de pêcher avec du mieux que je pouvais. Mon apprentissage du montage de mouche a donc été difficile au début, mais je me suis toujours considéré plus comme un monteur de mouches qu’un pêcheur. Ici au sud de la Finlande, nous n’avons pas énormément d’endroits vierges pour la pêche, et en raison du long hiver dans le Nord, nous n’avons vraiment droit qu’à deux mois de pêche. Pas étonnant que nous ayons tant de bons monteurs finlandais !

J’ai eu la chance de passer mes étés en Laponie, où mon oncle possédait une cabane. J’y ai longtemps pêché la truite et l’ombre. Quand j’étais à la maison, je passais mon temps à penser au grand Nord, à pêcher les petites rivières locales et à planifier le prochain grand voyage.

FLYTAILLEUR : Tu es incroyable derrière ton étau. Combien de mouches montes-tu par semaine ? Combien de temps passes-tu à monter ?

mouche1-timo-kontioTimo KontioMerci ! J’ai monté beaucoup de mouches étant jeune mais maintenant avec le travail et les études je ne passe plus autant de temps sur mes montages. De plus, mon style a évolué et je préfère prendre mon temps et monter une seule mouche plutôt que d’en monter une série de 20. J’essaie toujours de nouveaux montages et de nouveaux matériaux, ce qui me mène souvent à vider mes boites de mes fidèles mouches pour en remonter en urgence la veille d’un voyage ! Je n’ai jamais vraiment compté le nombre de mouches que je monte, mais je pense qu’au début je devais en monter une dizaine chaque jours. Aujourd’hui, cela varie : certains jours, je monte assez pour remplir mes boites, mais il peut aussi se passer plusieurs sans que je passe derrière l’étau. Mais j’aimerais trouver un équilibre pour passer une à deux heures par jour à monter. J’essaie d’être aussi polyvalent que possible et de monter une grande variété de mouches, ce qui m’amène aussi à utiliser et à comprendre un grand nombre de matériaux différents. Au final, chaque tour de soie à son importance dans la rendu finale.

FLYTAILLEUR : Comment as-tu appris à monter ces magnifiques mouches classiques pour le saumon ?

Timo Kontio : Ma première expérience avec la pêche du saumon remonte à l’époque où j’allais dans le chalet de mon oncle. Il nous emmenait moi et mon cousin sur la rivière Muonio pour traquer ce poisson. Nous avons vu quelques saumons sauter hors de l’eau mais j’étais plus concentré sur les gros ombres et ne ressentais aucune urgence à traquer le migrateur. Tout comme à mes débuts, j’étais plus intéressé par le montage des mouches à saumon que par sa pêche. J’ai beaucoup monté pour la compétition, et j’adorais monter des mouches réalistes pour la pêche de la truite ainsi que des mouches ultra-réalistes qui ne sont pas destinées à finir à l’eau. On m’a toujours dit que les mouches à saumon à ailes en plumes étaient les plus difficiles à monter, et bien sûr j’ai relevé le challenge. Mes premiers essais n’étaient pas concluants et à l’époque on trouvait très peu d’informations sur le web. J’ai donc cherché dans les librairies sans trouver beaucoup de livres sur le sujet. Du coup, puisque je n’avais pas l’intention de pêcher avec ces mouches, j’ai commencé à les monter au feeling et les résultats ont suivis. 

timo-kontio-jock-scott

J’ai réellement commencé à m’améliorer en commençant mes études, quand j’ai découvert que mon voisin, Ari-Heikki Rintaniemi, était un maître du montage de mouches à saumon (ndrl: je vous invite à aller voir ses mouches dans Google, c’est magnifique). Il était champion du monde et disposé à m’aider à monter mes mouches. Nous avons alors commencé à partager nos informations et à monter ensemble. Tu gagnes vraiment à regarder un excellent monteur mais aussi à pratiquer avec lui. N’étant pas très intéressé par mes études, j’avais beaucoup de temps pour pratiquer et j’ai très rapidement progressé. C’était aussi l’époque où internet explosait et commençait à jouer un rôle majeur dans l’apprentissage du montage. Aussi, je m’imprégnais de tout ce que je pouvais trouver. J’ai également commencé à monter ces mouches à saumon en compétitions, et j’ai remporté la plupart d’entre elles, dont deux séries en championnat du monde. 

Je montais de plus en plus de mouches. Puis, après avoir commencé à travailler à Spey Clave, j’ai senti que j’étais prêt pour la pêche du saumon. D’ailleurs j’étais souvent critiqué sur le fait de monter autant de mouches à saumon sans pêcher avec. Bien que n’ayant pas énormément pratiqué, je sentait que j’en avais appris beaucoup sur cette pêche grâce aux nombreux grands pêcheurs que j’avais rencontré. J’ai toujours pêché en observant la nature sans trop me prendre la tête sur le fait d’attraper un poisson ou non. J’attache plus d’importance à l’expérience vécue, au fait d’être avec mes amis et de planifier un voyage, de pêcher avec beaucoup de soin et au final de me rendre compte que tout ça fait partie intégrante de l’expérience. 

FLYTAILLEUR : Je suis totalement fan de ta vidéo de montage sur la Lady Caroline ! Quels conseils peux-tu me donner pour la monter à la perfection ? 

Timo Kontio : Chaque partie de la mouche joue un rôle majeur et aucune ne doit être négligée. Je tiens néanmoins à apporter quelques précisions qui sont souvent mal comprises à propos des mouches de type « spey ». Même si elles sont ornées de longs hackles, essayez de choisir des fibres qui se finissent proches de la courbure de l’hameçon. Les hackles plus longs vous gêneront car le rendu ne sera pas esthétiquement le même. Essayez aussi de garder ce hackle bien espacé sinon la mouche risque de nager sur le dos. L’aile de la mouche dans ma vidéo est montée d’une manière généralement utilisée de nous jours, mais la plupart des vieilles speyflies sont montées avec des ailes inversées et souvent doublées, triplées voir plus pour pouvoir les lancer plus facilement. 

timo-kontio-flytying


FLYTAILLEUR
: Pourquoi et quand as-tu créé Fly Tying Archive ?

Timo Kontio : Avant 2011, l’année de création de mon blog, je publiais énormément sur des forums dédiés aux mouches à saumon. Mais je me suis lassé de toujours publier les mêmes informations sur des plateformes différentes, et j’ai décidé de rassembler tout mon travail sur un seul site. Comme son nom l’indique, Fly Tying Archive devait être une bibliothèque d’archives des différentes mouches que je monte, avec leurs fiches détaillées, un peu de leur histoire et de conseils pour les réaliser. J’ai préféré mettre l’accent sur la qualité des contenus plutôt que l’ajout d’un grand nombre de fiches médiocres. Le volume de billets postés a été moins important que prévu du fait de mes autres occupations, mais j’espère à l’avenir pouvoir en produire davantage et rendre mon travail plus facile à suivre. 

FLYTAILLEUR : Que penses-tu de la corrélation entre le monde de la mouche (pêche et montage) et le web ? Qu’est ce que tu aimes en terme de contenu ? 

Timo Kontio : Je pense faire partie des dernières générations à avoir appris le montage des mouches dans les livres. J’étais actif sur les tout premiers forums dédiés au montage de mouches, et j’ai beaucoup appris grâce à des monteurs internationaux. Internet est un outil formidable pour apprendre à monter ses mouches. Le seul problème à mes yeux, ce sont ces gens qui « trollent » le web avec leurs commentaires négatifs, les forums où je contribuais qui sont devenus de vrais champs de batailles, et la plupart des posts intéressants sont re-publiés sur d’autres plateformes. Ce sera intéressant de voir comment tout cela va évoluer dans le futur. J’entends beaucoup de gens dire que tout sera plus interactif, et basé sur la communauté, mais si rien ne change je ne vois pas comment cela sera possible. 

Mes habitudes sur le web sont essentiellement basées sur quelques blogs de pêche bien choisis que je suis régulièrement. J’aime aussi ces doses vitales de pêche à la mouche quand j’ouvre mes comptes Facebook et Instagram. Et comme un vieux ringard, j’aime encore ouvrir un bon magazine (numérique ou papier) qui reste mieux travaillé. 


Je ne sais pas vous, mais cet échange m’a passionné et captivé. Je suis vraiment heureux d’avoir échanger avec une personne qui mène une vie dont je rêve depuis tout gamin. J’ai aussi appris beaucoup sur les pêcheurs finlandais. Je les pensais plus pêcheur que ça. Je les imaginais passer leur temps au bord de l’eau. Ils le passent en fait derrière l’étau. Ce qui explique probablement leur niveau. J’ai écris cet article en parallèle d’un article sur Le Mouching. J’y explique comment j’ai moi même appris l’art du montage. Retrouvez l’article ici !

« Dear Timo, thank you very much for the time you given to me. It is so exciting to learn more about your lifestyle, your passion and your country. »